Le lait maternel, serait-ce le Sein Graal ?

Dernière mise à jour : 2 juin

Malgré le manque d’études sur le sujet, tout le monde s’accorde sur les bienfaits du lait maternel tant pour la croissance et la santé de l’enfant que celle de la mère allaitante. C’est ce que nous allons aborder dans cet article.


En 2016, le Professeur C.G Victora et ses collaborateurs ont réalisé une grande étude épidémiologique à l’échelle mondiale dans le but d'obtenir des données récentes sur la pratique de l'allaitement. Les résultats ont révélé que plus de 80% des nouveau-nés de la planète reçoivent du lait maternel [1].

Pourtant, seuls 50% des bébés sont allaités dans les premières heures de vie, et seulement 37% exclusivement pendant leurs 6 premiers mois.

> Ces chiffres sont encore plus bas dans les pays occidentaux, où seulement 1 enfant sur 5 est allaité.


Recommandations émises par l'OMS (il y a plus de 25 ans) [2]: - allaitement précoce dans l’heure qui suit la naissance, - allaitement exclusif pendant au minimum les 6 premiers mois de vie, et poursuite de l’allaitement en complément de l’introduction d’aliments solides jusqu'à l'âge de 2 ans ou plus.

Synthèse et évolution de la production du lait maternel


Avant de parler des propriétés du lait maternel, il me semble important de comprendre comment se déroule sa fabrication. L'organe à l'origine de sa production est la glande mammaire de la femme. C'est à la puberté qu'elles vont se développer sous l’action d’hormones, en particulier les œstrogènes [3].


Lors de la grossesse, les glandes mammaires vont subir une seconde transformation pour permettre la lactation.

Cette transformation se déroule en 2 étapes :

  • La lactogénèse I, à partir du 4ème mois de grossesse. Il y a une différenciation des cellules alvéolaires du sein, activé par l'œstrogène, en cellules productrices de lait qui peuvent sécréter le colostrum.

  • La lactogénèse II, au moment de l’accouchement l’expulsion du placenta va induire un pic de prolactine, qui va permettre ce que l’on nomme “la montée de lait” dans les 30 à 72H après la naissance. La prolactine est une hormone indispensable à la production des protéines du lait, elle permet notamment de stimuler la synthèse de nutriments essentiels du lait. Au cours de cette période, la capacité des cellules épithéliales mammaires à synthétiser le lait se développe rapidement, pour atteindre en moyenne un volume de 500 ml de lait produit au quatrième jour du post-partum. Il augmente ensuite très lentement jusqu’à la fin du premier mois (600 à 1200 ml/j selon les mères) et se stabilise pendant la durée de l’allaitement.

Si le lait n’est pas consommé par l’enfant ou extrait par une action mécanique, il y a une diminution de la quantité de lait par un phénomène nommé le contrôle autocrine. Cela jusqu'à la mort des cellules productrices et arrêt de la lactation.


Est-il universel ?


Le lait maternel humain est le régime alimentaire de référence pour les nouveau-nés. Il est composé de la quantité adéquate de nutriments pour fournir une hydratation et une alimentation complète au nourrisson pendant sa croissance. Mais il n'est pas qu'un élément nutritif, nous allons le voir il est également composé de bioactifs et de bactéries bénéfiques qui ont des propriétés essentielles pour la bonne santé de l'enfant.


Le lait maternel est un fluide biologique dynamique dont la composition change au cours de la lactation et est unique à chaque femme allaitante. Le lait de chaque mère varie pour répondre aux besoins spécifiques de son enfant, cela en fonction de l'âge, du stade de lactation, des expositions environnementales, du lieu

géographique, et des pratiques quotidiennes d'allaitement. Ainsi, à l'exception de rares cas où la production de lait pourrait être altérée voir nulle (par ex. chirurgie mammaire avec section des nerfs intercostaux), toutes femmes à l'échelle du globe produit un lait qui sera adapté à la croissance de son enfant.


Mais de quoi le lait maternel est-il vraiment composé ?

La composition du lait maternel change en fonction du stade de développement et des besoins de l’enfant, il est unique à chaque dyade mère-enfant. On distingue 2 formes du lait maternel, le colostrum qui est produit durant les 2-3 premiers jours de vie de l'enfant, puis le lait mature lorsque l'allaitement est mis en place.

  • D'eau

A 88%, c'est le constituant principal du lait maternel !


  • De protéines

La caséine représente 30 % des protéines totales ; très digeste elle permet une diffusion progressive des acides aminés essentiels dans le sang au cours de la digestion. Sous l’effet des sucs gastriques, elle est décomposée en peptides qui ont des propriétés sur les systèmes nerveux et immunitaire. La lactoferrine qui permet la fixation du fer, protège ainsi des pathogènes dépendants de l'utilisation du fer L'alpha-lactalbumine est impliquée dans la synthèse du lactose et dans la fixation du zinc et du calcium

Des immunoglobulines présentes en moins grande quantité dans le lait mature que dans le colostrum. Ce sont principalement des IgA sécrétoires, résistantes à l’acidité gastrique et donc actives dans la protection de la barrière intestinale ; Le lysozyme : présente en quantité importante, elle possède une activité bactéricide

Des cytokines activité anti-inflammatoire

Des facteurs de croissance impliqués dans le développement des différents organes, en particulier du système digestif de l'enfant

Le colostrum contient des niveaux plus élevés d'immunoglobulines, de cytokines et de cellules immunitaires que le lait mature !


  • De lipides

Il constituent une part importante du lait humain et en sont la principale source d'énergie (50-60% des calories totales). La teneur en matières grasses du lait varie au cours de la durée de la mise au sein, il est riche en eau en début de tétée et devient de plus en plus concentré en lipides au fur et à mesure que le lait est extrait du sein. La composition en matières grasses du lait est influencée par un certain nombre de facteurs tel que le régime alimentaire de la mère.

➲ Ils sont essentiels pour le développement neuronal et visuel, ainsi que celui du système nerveux central. En effet, ce sont certains lipides, les sphingomyélines, qui vont permettre la myélinisation de l'axone des neurones.


  • De glucides

Le lactose est le principal glucide du lait et, bien qu'il soit relativement faible dans le colostrum, il augmente rapidement et reste constant tout au long de la lactation. Il représente 30-40% de l'apport calorique total du lait maternel. Il joue le rôle de prébiotique pour la colonisation du microbiote intestinal.

Les oligosaccharides sont présents en quantité plus importante dans le colostrum que dans le lait maternel, ils ont un rôle de protection contre les infections et également de prébiotiques. Ils réduisent le pH du système digestif de l'enfant et participe à la colonisation de bactéries bénéfiques pour le microbiote.


  • De sels minéraux, oligo-éléments et vitamines hydrosolubles

Leur teneur est relativement faible mais suffisante pour couvrir les besoins du nouveau-né. La vitamine D est présente en faible quantité dans le sérum maternel, on la retrouve donc une faible concentration dans le lait. Ainsi, l'ABM (Academy of Breastfeeding Medicine) suggère que le bébé allaité reçoive une supplémentation de l'ordre de 400-800 UI/jour, débutée rapidement après la naissance.


  • De composés bioactifs et de facteurs immunitaires

Des peptides antimicrobiens, des globules blancs, et des microARN ont été retrouvés dans le lait maternel. Ils jouent un rôle essentiel dans le renforcement du système immunitaire du nourrisson et dans sa défense contre les agents pathogènes. Les composés bioactifs du lait proviennent de nombreuses sources, beaucoup sont produits et sécrétés par l'épithélium mammaire et les cellules productrices de lait, tandis que d'autres sont transférés par transport du sérum maternel à travers l'épithélium mammaire.


Sources [4][5]


Le lait maternel, un atout pour la constitution microbiote intestinal


Les 3 premières années de la vie sont cruciales pour l'établissement précoce du microbiote intestinal, qui continue à se développer tout au long de l'enfance jusqu'à l'adolescence. Parmi les facteurs affectant la colonisation précoce, le mode d'alimentation du nourrisson est d'une grande importance.


Le lait maternel à longtemps été considéré comme stérile mais les découvertes montrent qu’il abrite un microbiote important. Un enfant qui est allaité consommerait environ 800 000 bactéries par jour, c’est la deuxième source d’apport en bactéries après le passage par la voie vaginale lors de la naissance [5].

Les études sur la transmission de la mère à l'enfant confirment que la transmission bactérienne se ferait principalement par le lait maternel, mais le processus détaillé est à ce jour encore inconnu. Les variations de microbiote présent dans le lait peuvent être dues à l’alimentation, la génétique, la santé, ou encore le mode d’accouchement [6].


De nombreuses études s'intéressent à cette thématique de la constitution du microbiote chez le tout jeune enfant. Les résultats tendent à montrer qu'un déséquilibre du microbiote dès l'enfance pourrait être associé à une augmentation du risque de développer certaines pathologies chroniques. Mais cela nécessite d'être confirmé à l'aide d'études épidémiologiques à grande échelle. Le lait maternel pourrait être protecteur contre ce déséquilibre nommé dysbiose.


Nous avons vu que le lait maternel contient des oligosaccharides du lait humain (OLH), un type de prébiotiques, c'est à dire une source d'énergie pour le bon développement du microbiote intestinal du nourrisson. En effet, la fermentation des OLH stimule la croissance de bactéries commensales (Bifidobacterium, Lactobacillus et Bacteroides) au sein de son tractus gastro-intestinal. Des études ont pu montrer l'importance de ces OLH dans la prévention de la diarrhée néonatale et des infections des voies respiratoires [6].

➲ C'est d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui un grand nombre d'industriels complémentent les préparations pour nourrissons avec des oligosaccharides de synthèse, s'inspirant des OLH du lait maternel.


Des bienfaits reconnus pour l'enfant allaité mais aussi pour la mère


Il est à l'heure actuelle scientifiquement reconnu que l'allaitement au sein, pendant une période prolongée, présentent une réduction de l'incidence des maladies gastro-intestinales, des infections respiratoires, des morts subites du nouveau-né, ainsi qu'une diminution de la présence de malocclusions dentaires. [1]

Des preuves de plus en plus nombreuses, suggèrent également que l'allaitement maternel pourrait prévenir du surpoids et diabète à l'âge adulte.


Concernant les bénéfices pour la mère allaitante, les études ont montré une réduction du risque de développer certains cancers (seins, ovaires) et pathologies cardio-vasculaires. L'allaitement augmenterait également l'estime de soi🏻‍❤️‍ .


Et alors qu'en est-il des préparations pour nourrissons ?


De nos jours, certaines femmes ne peuvent ou ne souhaitent pas allaiter pour des raisons très variées. Elles ont alors recours à l'utilisation de préparations pour nourrissons (PPN). Avec les avancées scientifiques et technologiques, les PPN se rapprochent au plus prêt des constituants du lait maternel. Il faut savoir que, quelle que soient la PPN choisie, toutes doivent répondre à la directive de la Commission européenne de 1996, et au code international de commercialisation des substituts du lait maternel 1981. Ainsi, les industriels ne peuvent varier la proportion que de quelques constituants.


Les PPN dérivent le plus souvent du lait de vache mais aussi de chèvre, de brebis ou encore de nutriments provenant des plantes. Les préparations imitent la composition changeante du lait maternel, il existe ainsi 3 types de lait selon l’âge de l’enfant [7]:

  • Le lait pour nourrissons, riche en graisses végétales, en lactose et en vitamine D, et presque dépourvu de protéines car une consommation trop élevée en protéines permet une prise de poids rapide ce qui pourrait entraîner plus de risque d’obésité plus tard dans la vie de l’enfant.

  • Le lait de suite, vers 6 mois, utilisé pour réaliser la transition avec la prise d’aliments solides. Ce lait contient des nutriments en plus grande quantité afin de compenser la réduction de consommation de lait lors de la diversification.

  • Le lait de croissance, plus riche en protéines afin de permettre une croissance optimale. Il assure un apport important en acides gras essentiels au moment où le développement cérébral est en plein essor. Il est également d'intérêt pour assurer les besoins en fer du jeune enfant et prévenir des carences martiales. Ils sont recommandés par la Société française de pédiatrie qui préconise de les poursuivre jusqu’à trois ans.

Pour favoriser le développement de la flore intestinale de l’enfant, les industriels ajoutent parfois des prébiotiques naturels ou de synthèse. Une étude a montré que l’ajout de prébiotiques associés à des sucres comme le galactose et le fructose permettrait un meilleur développement de la flore intestinale de l’enfant et participeraient à prévenir des infections récurrentes. Cependant il est encore difficile de savoir si ces prébiotiques ajoutés survivent aussi bien au transit gastro-intestinal de l’enfant que ceux présents dans le lait maternel.


 

REFERENCES

[1] Victoria C.G., et al., Breastfeeding in the 21st century: epidemiology, mechanisms, and lifelong effect, The Lancet, 2016, https://doi.org/10.1016/S0140-6736(15)01024-7

[2] https://www.who.int/fr/health-topics/breastfeeding#tab=tab_2

[3] Rotten D. Physiologie de la grossesse. 2ème éd. Paris : Masson ; 1991.

[4] Breastfeeding and breast milk - from biochemistry to impact, A Multidisciplinary Introduction, Family Larsson-Rosenquist Foundation, Thieme, 2018

[5] Lyons, K.E.; et al., Breast Milk, a Source of Beneficial Microbes and Associated Benefits for Infant Health. Nutrients, 2020, https://doi.org/10.3390/nu12041039

[6] Kapourchali, F. R., et al., Early-Life Gut Microbiome—The Importance of Maternal and Infant Factors in Its Establishment, Nutrition in Clinical Practive, 2020, https://doi.org/10.1002/ncp.10490

[7] https://www.pediatre-online.fr/alimentation/lait-nourrisson/


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