La grenade, une baie aux fabuleux pouvoirs ?

Dernière mise à jour : 2 févr.


Photo de Karolina Grabowska provenant de Pexels

Un symbole de bon augure


La grenade est le fruit d'un arbuste (Punica granatum L.) cultivé dans les régions du monde où le climat est proche de celui méditerranéen (forte exposition au soleil, hivers doux et étés secs) . Originaire du Moyen-Orient, elle fait partie des plus anciens fruits cultivés ; au côté de l'olive, le raisin, le palmier dattier et la figue. Les plus anciennes représentations de la grenade se trouvent en Égypte, 1500 ans avant notre ère, sous la forme de repas et d'offrandes. Au fil de l’histoire, elle s’est répandue de l’Asie à l’Europe du Sud (grâce notamment aux conquêtes de l'Empire Romain) et jusqu’au continent américain.

Dans de nombreuses religions et cultures, la grenade est considérée comme un symbole de bon augure. Elle revêt des significations de vie, de chance, d'abondance ou encore de fertilité. Elle est également référencée par la médecine de l'époque pour prévenir des fièvres ou éliminer les parasites intestinaux.


 

Une grande valeur nutritionnelle


La grenade est une grosse baie organisée en chambres séparées par des membranes. Au sein de ces dernières se trouvent les parties comestibles : les arilles (petits sacs pulpeux renfermant le jus et la graine). L'exocarpe, c'est-à-dire la peau, représente environ 50 % de l'ensemble du fruit.


A l'instar des autres baies, la grenade est connue pour la qualité de son profil nutritionnel :

➽ richesse en fibres, vitamines C et B9, minéraux et polyphénols.


Les polyphénols sont une famille de molécules organiques très répandues dans le monde végétal. Ils sont responsables entre autres, de l'arôme (les flavonoïdes), de la couleur (les anthocyanines) ou encore de l’astringence (les tanins) des végétaux. Les polyphénols sont de puissants antioxydants, composés permettant de protéger l'organisme de l'oxydation cellulaire, en particulier des dommages causés par les radicaux libres.

➽ Le jus obtenu à partir d'arilles de grenade est caractérisé par un potentiel antioxydant plus élevé que celui d'autres boissons telles que le vin rouge, le thé, ou d'autres jus de fruits naturels (orange, myrtille, raisin ou pamplemousse).

La punicalagine est parmi les polyphénols celui le plus présent dans la grenade. Elle se trouve principalement dans l'exocarpe (et en moindre quantité dans les arilles), mais sa quantité dépend de nombreux facteurs (le climat, les méthodes de culture, de transformation, la conservation des produits transformés, ...).

C'est notamment cette molécule qui confère à la grenade sa notoriété d'aliment santé.


 

La punicalagine, un prébiotique allié de notre microbiote


La punicalagine est un tanin hydrolysable et plus précisément un ellagitanin. Du fait de son poids moléculaire élevé, elle n'est pas assimilable en l'état car ne peut traverser la barrière intestinale. Elle est alors hydrolysée en plus petites molécules que l'organisme va pouvoir absorber, c'est à dire qui vont pouvoir passer dans la circulation sanguine et être disponibles pour les tissus. C'est lors de ce processus que le microbiote intestinal joue un rôle déterminant.


Les bactéries du microbiote colique ont la capacité, que ne possède pas le système digestif humain isolé, de digérer l'acide ellagique (produit de l'hydrolyse de la punicalagine par les enzymes de l'intestin grêle). Cette acide joue alors un rôle de prébiotique pour le microbiote, un substrat nutritionnel pour les bactéries du colon.


Un prébiotique est un substrat qui est utilisé sélectivement par les micro-organismes de l'hôte (votre organisme) et qui confère un avantage pour la santé.

(Définition issue du consensus d'experts, The International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics (ISAPP), Nat Rev Gastroenterol Hepatol, 2017)


L'utilisation de l'acide ellagique en tant que prébiotique permet la production de 2 types de molécules biodisponibles pour l'organisme :

  • les urolithines A et B, composés bioactifs aux propriétés intéressantes (nombreuses études en cours). Les baies (fraises, framboises, mûres, myrtilles et groseilles) ainsi que certains oléagineux (les noix, pistaches et châtaignes) sont reconnus pour leur richesse en urolithines. Il est à noter que la grenade est le fruit qui en détient la plus forte teneur.

  • les acides gras à courtes chaînes (AGCC), tels que l'acétate, le propionate et le butyrate. En plus de servir directement de ressources énergétiques importantes pour l'organisme, les AGCC ont été décrits comme pouvant moduler diverses réponses biologiques, notamment l'inflammation et le stress oxydatif.

➽ Il est important de noter que la production de ces métabolites dépend de la composition du microbiote colique de chaque individu, il existe ainsi une grande variabilité interindividuelle.


En parallèle de son rôle de prébiotique, la punicalagine a été montré comme ayant la capacité d'inhiber la croissance de certaines bactéries pathogènes telles que les espèces Clostridia, Staphylococcus aureus et Pseudomonas aeruginosa. Elle jouerait alors un rôle de modulateur de la flore colique en favorisant la multiplication de bactéries symbiotiques de type Bifidobacterium and Lactobacillus.


 

Une baie qui inspire la recherche contre les maladies chroniques les plus courantes, dont le cancer


Depuis quelques années, de nombreuses études scientifiques in vitro (sur des cellules) et in vivo (sur des modèles animaux) se sont intéressées aux potentiels thérapeutiques de la grenade.

Ces études ont montré des effets bénéfiques de la grenade, et de ses composés bioactifs, sur :

  • les troubles inflammatoires chroniques (polyarthrite rhumatoïde, maladies pulmonaires obstructives chroniques, maladies chroniques inflammatoires de l'intestin, ...) : réduction du stress oxydatif, réduction de la présence de marqueurs de l'inflammation (ex. oxyde nitrique, prostaglandine E2, cyclo-oxygénase 2). Egalement diminution de la libération de cytokines pro-inflammatoires TNF-α et IL-1β ;

  • l'ostéoporose : préservation du rapport volume/surface des os et de la perte de densité osseuse ;

  • les maladies métaboliques (diabète, obésité, syndrome métabolique) : modulation de l'expression de gènes importants pour la régulation du métabolisme du glucose et des acides gras, tels que l'adiponectine, PPARγ, GLUT4, ou encore FABP4 ;

  • les maladies cardiovasculaires : diminution de l'hypertension, du taux de cholestérol total ou encore de l'athérosclérose ;

  • le cancer : modulation de multiples voies de signalisation impliquées dans la tumorigenèse, l'angiogenèse, la transformation et l'hyperprolifération cellulaire dans différents types de cancers ; cancers de la prostate, de la vessie, du côlon, du sein, du poumon ou encore de la peau ;

  • les maladies neurodégénératives : amélioration de la plasticité synaptique dans un modèle de la maladie d'Alzheimer, réduction de l'accumulation d'α‑synucléine dans un modèle de Parkinson


Contrairement aux études in vitro, la recherche clinique sur les bienfaits de la grenade chez les patients est encore rare. En raison de l'absence de preuves scientifiques substantielles, des recherches plus approfondies sont nécessaires pour clarifier le mécanisme d'action des ingrédients bioactifs de la grenade et pour révéler son potentiel en tant qu'actif à la fois préventif et thérapeutique.

➽ De plus, il convient de souligner plusieurs challenges auxquels fait face la recherche clinique :

  • la nécessité de trouver la dose journalière et la durée de consommation (actuellement assez hétérogène dans les études)

  • le besoin de définir le bon contrôle, que vont boire le groupe témoin?

  • l'influence du régime alimentaire, de l'état de santé et microbiote intestinal qui sont des éléments qu'il ne sera pas possible de contrôler de manière expérimentale, alors comment prendre en compte la variabilité interindividuelle ?


 

La conclusion de la diététicienne


Les végétaux en général, fruits et légumes, jouent un rôle majeur dans le maintien d'une alimentation équilibrée. Ils fournissent un grand nombre de macro- et micronutriments, ainsi que des composés bioactifs qui favorisent la santé, dont font partie les polyphénols.


Mes recommandations sont de consommer au quotidien des fruits et des légumes variés, de qualités, et de respecter les saisons. Ainsi, votre organisme pourra profiter de tous les nutriments que lui offrent la nature ! Il ne s'agit pas de consommer toute l'année et en excès un aliment car il est mentionné en tant que "superaliment".


Le grenade est un fruit d'automne, vous pourrez alors l'inclure dans vos menus de septembre à décembre. Elle ajoutera couleur et peps à vos plats. Le reste de l'année, il sera possible d'en déguster le jus lors du petit-déjeuner par exemple. Il est à noter que l'on peut également congeler les arilles, pour prolonger leur conservation de 2-3mois.


 

Idée Recette - Salade Potimarron, Patate douce, Feta et grenade

Image par DanaTentis de Pixabay

Faites griller des tranches de potimarron au four, environ 30minutes à 190°C. Arrosez au préalable les tranches d'un filet d'huile d'olive et parsemez de brins de thym.

En parallèle, découpez une patate douce en cubes et la cuire à la vapeur (environ 10 minutes).

Disposez le tout dans une assiette, agrémenté de dés de feta et d'arilles de grenade.

Il ne restera plus qu'à ajouter un filet d'huile et l'assaisonnement de votre choix.

Pour encore plus de couleur, vous pouvez ajouter à cette salade quelques feuilles de roquettes ou autres jeunes pousses.


 

Références


Bidri, M., Choay, P. Regain d’intérêt pour la grenade, un fruit majestueux aux multiples propriétés. Phytothérapie 15, 91–103 (2017). https://doi.org/10.1007/s10298-016-1055-2


Marie-Josephe Amiot. Les qualités nutritionnelles des petits fruits. Webinaire : Les petits fruits rouges revisités, Société Nationale d'Horticulture de France (SNHF), Mar 2021, webinaire, France


Baradaran Rahimi V, et al. Anti-inflammatory and anti-cancer activities of pomegranate and its constituent, ellagic acid: Evidence from cellular, animal, and clinical studies. Phytotherapy Research. 2020, https://doi.org/10.1002/ptr.6565


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https://www.alimentarium.org/fr/magazine/histoire/la-grenade-de-l%E2%80%99antiquit%C3%A9-%C3%A0-aujourd%E2%80%99hui


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